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Digressions
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Considérations sur nos amis les motards Pour tout vous dire, je trouve le proverbe « Qui aime bien châtie bien » mal foutu. Ma gentillesse naturelle et mon humanité légendaire me pousseraient à déclarer : « Qui aime bien ne châtie pas ». Seulement voilà : je ne suis pas responsable éditorial du Petit Littré, fort heureusement, alors on va devoir faire avec. Et puis j’avoue qu’en l’occurrence, ce proverbe m’arrange bien. Motard moi-même à mes heures perdues, je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager un portrait légèrement vitriolé de la grande confrérie des amateurs de deux-roues. Observons un motard : comme l’escargot, il porte sa carrosserie sur lui sans toutefois laisser autant de traces là où il passe. De nature écolo, ses traces, il préfère les laisser dans son slip. Lorsque l’escargot rencontre une pie ou un quelconque oiseau de taille à se le goberger, c’est toujours l’oiseau qui gagne. Lorsqu’un motard croise un routier d’un peu trop près, c’est toujours le routier qui gagne. C’est pas juste.
Convaincu de la grande fragilité que lui confère (de « conférer », contraction de « con » et du patronyme d’un ancien maire de Marseille) son statut de deux-roues, le motard s’arroge bien des droits, y compris celui de vous insulter, pauvre automobiliste que vous êtes, en vous doublant par la droite à des vitesses criminelles : c’est vrai abruti, qu’est-ce que tu branles avec ta poubelle sur la file de gauche à 130, ça va pas la tête ? Tu vois pas que je vais arriver en retard à Garches ? Le professeur Dugenou a conçu une nouvelle prothèse céramique, j’ai bien envie de l’essayer, ça fera bien avec mes nouveaux rétros look carbone, tout ça tout ça… Et oui, le motard est toujours pressé, c’est pour ça qu’il roule en moto, vous ne pouvez pas comprendre au volant de votre caisse pourrie. Le motard est mieux loti que l’Alsacien ou le Bavarois : il a deux grandes fêtes de la bière par an, la première au Mans et la seconde à Magny-cours. (Magne, y courent !). Toutes deux s’étendent sur 24 heures en ce qui concerne les festivités, et trois semaines pour la société chargée du nettoyage des abords du circuit.
Si le motocycliste pue irrémédiablement des pieds, c’est à cause des grosses bottes qu’il porte à longueur d’année. Et après ça, on dira que le cuir, ça respire ! Ce n’est pas très grave car il s’accouple très souvent avec la motarde, (de Dijon, la meilleure) qui souffre, pour les mêmes raisons, du même désagrément. Sous la tante, comme disait mon oncle, à la nuit tombée, au doux son rauque des bolides qui courent sur le circuit, les effluves de pieds chauds, de joints froids, de bière tiède et de calebars fanés se mélangent, imaginez-vous ce bonheur olfactif ? A l’instar de la brème, ce sympathique poisson d’eau douce inexpressif à la lèvre lippue et à l’écaille gluante qui peuple le lit de nos fleuves et nos rivières, le motard a l’instinct grégaire : aux beaux jours, il aime retrouver ses congénères à l'occasion de « rassos », diminutif de « rassemblements », terme employé pour éviter « concentration » qui ferait un peu fureur. Là, il retrouve ses frères-motards qui ont la même moto que lui. Blouson de cuir entrouvert, le casque dans une main et une canette dans l’autre, il déambule d’un pas nonchalant et l’oeil hagard, au beau milieu de machines alignées comme à la parade. Quelques bières plus tard, il est fermement convaincu que sa moto est la plus grosse, la plus belle, la plus rapide. C’est une vraie obsession motarde, ça : être sûr qu’on a la plus grosse. J’avoue être toujours resté perplexe face à cette tendance naturelle qui consiste à parcourir la France en long, en large et en travers pour se regrouper et voir les mêmes bécanes que la sienne, alors qu’il suffit de rester bien peinard chez soi pour admirer la plus belle dans son garage. Et oui, c’est forcément la plus belle, puisque c’est la mienne. Politiquement, le motard est moins engagé que sur la bretelle d’accès à l’autoroute : il existe bien quelques associations, clubs et fédérations pour tenter de les récupérer politiquement mais ça reste confidentiel. De ce point de vue, tant qu’on ne cherche pas à lui coller une vignette ou une taxe à la con supplémentaire, le motard reste autonome et indépendant. Bien sûr, tout ceci est très exagéré… Qu’on se le dise !
© Jean Menchassec |
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